Lettre aux maires de France en mémoire des combattants originaires d'Afrique ou des Outre-mer

Bonjour, à toutes et à tous,

c'est un message que devait vous envoyer Oudi Serva, le porte parole de notre coordination. Mais, du fait de problème technique, je le fais à sa place. 

Vous trouverez joint une lettre qui sera adressée à l'ensemble des maires de France. Elle leur rappelle le souhait du Président de la République, énoncé lors de la commémoration du débarquement en Provence, que des villes de France puissent renommer certaines de leurs rues du nom des combattants originaires d'Afrique ou des outre-mer français lors des deux guerres mondiales de 1914 - 1918 et 1939 -1945. 

Le Pr Marcel Lournel, a rédigé une lettre en ce sens en direction des maires de France. Il l'a soumise à plusieurs personnalités.

J'ai pour ma part considéré qu'il s'agissait d'une démarche importante pour la mémoire de ces combattants, pour l'inscription de leur combat et de leur sacrifice dans l'histoire de France et pour l'intégration de nos enfants au sein de la République. 

Je propose que l'ensemble des associations de notre Coordination adhérent à cette démarche en signant cette lettre. 

Après lecture, ceux qui ne le souhaitent pourront envoyer un mail de rétraction et leur nom n'apparaitra pas. 

Merci de nous le faire savoir avant samedi. 

Amitiés

Serge

LETTRE OUVERTE AUX MAIRES DE FRANCE MÉTROPOLITAINE ET DES OUTRE-MER
Madame, Monsieur le Maire,
« Passant, ils sont tombés fraternellement unis pour que tu restes Français. ». L’épitaphe
du Monument aux morts de Fréjus à la mémoire des combattants d’Afrique noire de
Léopold Sédar SENGHOR résonne.
Les mots du poète matérialisent le rôle crucial des régiments de Tirailleurs sénégalais
(RTS) lors du débarquement de Provence, en Afrique du Nord, en Italie et en Corse.
Dès 1940, le 25e RTS est déployé à Chasselay-Montluzin afin de stopper la progression
des troupes allemandes vers Lyon. Ils se battent jusqu’à épuisement des munitions.
Contraints de se rendre, ils sont victimes des exactions racistes commises par les Nazis.
Les mitrailleuses des chars ouvrent le feu, exécutent les hommes dans le dos, tandis que
les blindés achèvent les blessés sous leurs chenilles. 52 tirailleurs sont massacrés.
La même année, le 4e RTS contribue à la défense de Menton (Alpes-Maritimes) contre les
troupes italiennes.
Dès le 18 juin 1940, Félix Éboué, le Gouverneur du Tchad, une possession française, se
déclare partisan du général de Gaulle. Il range le territoire du côté de la France libre.
Premier résistant de la France d'Outre-mer, il repose au Panthéon.
En septembre 1943, la Libération de la Corse s’opère grâce au 1er régiment de Tirailleurs
Marocains et au 2e groupement de Tabors Marocains avec l’aide des patriotes corses.
15 août 1944, le débarquement de Provence a lieu. 225 000 hommes des RTS, c’est dire
des Tirailleurs Sénégalais et Algériens, Goumiers et Tabors Marocains, Pieds-noirs,
Marsouins du Pacifique et dissidents des Antilles versent le prix du sang. Certains
Polynésiens et Néo-calédoniens s’engagent dans le bataillon du Pacifique. C’est toute
l’Afrique coloniale, mais aussi toute la France d’Outre-mer, des Antilles à la Nouvelle-
Calédonie qui se bat pour l’idéal de liberté, pour la République, s’acquittant d’un lourd
tribut pour la France.
Ils débarquent en Provence sous le commandement du général de Lattre de Tassigny.
C’est sans compter l’aide de la résistance locale. L’Armée « B » libère Toulon, Marseille et
Fréjus fin d’août 1944, devançant le calendrier tactique de plusieurs semaines. L’Histoire
montre, hélas, que la mémoire collective a trop longtemps blanchi le fait d’arme. La
propagande raciste et nationaliste « La Honte noire » amorcée dans l’Allemagne de
Weimar au début des années 20 n’est pas anodine.
Malheureusement, ce fut également le cas lors du Premier conflit mondial. En 1914-1918,
pas moins de 200 000 « Sénégalais » de l’Afrique-Occidentale française (A.O.F. :
Mauritanie, Sénégal, Soudan français [devenu le Mali], Guinée, Côte d'Ivoire, Niger,
Haute-Volta [devenue le Burkina Faso], le Togo et le Dahomey [devenu le Bénin]) se
battent sous l’étendard français, dont plus de 135 000 rien qu’en Europe. Environ 15 %
d’entre eux, soit 30 000 soldats, y trouveront la mort sur un total de 1 397 800 soldats
français morts durant ce seul conflit soit plus de 2 % des pertes totales de l’armée
française. Il faut y ajouter tous les soldats venus du reste de l’Outre-mer (Antilles, Guyane,
Réunion…) qui combattirent dans les tranchées ou aux Dardanelles. Beaucoup sont
revenus blessés ou invalides.
Lors du 75e anniversaire du débarquement de Provence, le jeudi 15 août 2019 à Saint-
Raphaël dans le Var, Monsieur le Président de la République a rappelé que la France a
une part d’Afrique en elle, tout en appelant à renommer des rues en hommage aux
soldats africains et antillais de l’Armée française qui ont participé à la Libération.
Comme de nombreux petits-fils de Tirailleurs sénégalais et fils de militaires du rang, nous
saluons un acte républicain fort et apaisé qui honore la France, avec elle, la Nation.
En conséquence de quoi, nous avons l’honneur de nous faire écho à une mémoire
oubliée, celle des RTS d’Afrique et des Antilles – à égale distance celle des familles –
souhaitant que vous puissiez prendre part au voeu du chef de l’État en rebaptisant des
rues en hommage aux soldats africains et de l’ensemble des Outre-mer qui ont participé
à la Libération.
Nous comptons sur votre attention particulière.
Respectueusement,
Signataires
1. Marcel LOUREL, professeur des universités (Psychologie), École supérieure du
professorat et de l’éducation, ÉSPÉ Lille Nord de France ;
2. Gaspard MBAYE, président de l’Association Mémoire du Tirailleur Sénégalais (AMTS),
Nice, région Provence-Alpes-Côte d’Azur ;
3. Jacques LAMOTTE, président de l’association des Anciens combattants des
régiments de Tirailleurs Sénégalais (ACRTS), Le Barp, région Nouvelle-Aquitaine ;
4. Daniel DALIN, président du Conseil représentatif des Français d’Outre-mer
(CREFOM), Paris ;
5. Dr Emmanuel GORDIEN, président du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98), Paris ;
6. Pr. Serge ROMANA, Généticien (Paris), président de la fondation Esclavage et
Réconciliation ;
7. Pascal BLANCHARD, historien, chercheur LCP/CNRS, codirecteur Groupe de
recherche Achac ;
8. Audrey PULVAR, journaliste ;
9. Euzhan PALCY, réalisatrice ;
10. Catherine JEAN-JOSEPH SENTUC, présidente et cofondatrice de l’Association
Miroir ;
11. David BOBÉE, metteur en scène, directeur du Centre dramatique national de
Normandie-Rouen ;
12. Érick DÉDÉ et Madame Marie-Line MORMIN, coprésidents de l’association Tous
Créoles ! Le Lamentin (Martinique) et Paris ;
13. Nathaly COUALY, artiste, Paris ;
14. Chantal LOÏAL, chorégraphe, Paris ;
15. Pascal LÉGITIMUS, acteur ;
16. Éric DE LUCY, cofondateur de la fondation Esclavage et Réconciliation ;
17. Véronique POLOMAT, responsable de Programmes et Evénements culturels du Pôle
Outremer de France Télévisions , Vice-Présidente du CREFOM ;
18. Frédéric RÉGENT, Historien ;
19. Gérard JEANNE-ROSE, officier de l’Ordre national du mérite et conseiller municipal de
la ville de Vanves ;
20. Dominique SOPO, président de SOS Racisme ;
21. Laurence SCHWALM, éditeur, éditions Ex Æquo ;
22. Hugues FACORAT, éditeur ;
23. Bernard HAYOT, président de la Fondation Clément ;
24. Pr Marina CAVAZZANA, Hématologue, directrice du centre de biothérapies de
l’hôpital Necker ;
25. Louis-Georges TIN, président d'honneur du CRAN ;
26. Vincent DUMAS, enseignant, éditeur ;
27. Christian SÉRANOT, éditeur ;
28. Victoire JASMIN, sénatrice de Guadeloupe;
29. Marie-Josèphe CRESSON, écrivaine ;
30. Benjamin STORA, professeur des universités, président du Musée de l’histoire de
l’immigration ;
31. Jean-Claude DELGENES, expert en prévention des risques, Président Technologia ;
32. Annabelle VARANE, Miss Nord-Pas-de-Calais 2018 ;
33. Honorine ZEBA GANHOULE, ingénieur sociale et commandant de réserve citoyenne ;
34. Samuel THOMAS, président de la Fédération nationale des Maisons des Potes ;
35. Dominique MÉDA, professeur des universités, sociologue et philosophe, université
Paris Dauphine ;
36. William DAB, titulaire de la Chaire Hygiène et Sécurité au CNAM et ancien directeur
général de la santé ;
37. Françoise MARECHAL-THIEULLENT, avocat-médiateur inscrit au Barreau de Paris ;
38. Richard SAYET, délégué syndical CFDT Orange ;
39. Jacob DESVARIEUX, artiste ;
40. Greg GERMAIN, Greg GERMAIN, Acteur, Réalisateur, Producteur, Président du TOMA
(Théâtres d’Outre-Mer en Avignon) Directeur Artistique du Théâtre de la Chapelle du
Verbe Incarné
41. Pr émérite Michel DEBOUT, Psychiatre, membre du Conseil économique, social et
environnemental ;
42. François DURPAIRE, historien, journaliste ;
43. Aïssata SECK, Maire adjointe à Bondy Anciens combattants et devoir de mémoire.
Porteuse du dossier sur la naturalisation des Tirailleurs sénégalais ;
44. Amirouche LAIDI, président du club Averroes
45. Dr Ibrahima DIA, président de l'Association GESTU des Sénégalais du Limousin ;
46. Dr Philippe ZAWIEJA, chercheur associé, MINES Paris Tech ;
47. Vincent CESPEDES, philosophe
48. Albert JEAN, professeur de lettres, vice-président du SNALC
49. Laurent ESCURE Secrétaire Général de l’UNSA
50. Michel DE LA FORCE, président de la FIECI CGC CFC, fédération d'ingénieurs ;
51. Gérard DESPORTES, secrétaire général de l’Opéra-Comique de Paris ;
52. Yves DE CHAISEMARTIN,…
53. Viviane ROLLE ROMANA, psychologue, directrice du Centre d’Aide aux Familles
Matrifocales et Monoparentales

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